Retour sur BvS, l’avis de Moridin

Petit changement de plume pour cet article. En effet, je vais laisser l’ami Moridin, ancien rédacteur pour Republ33k expliquer son ressenti vis-à-vis du blockbuster qui fait débat: Batman V Superman.

batman detective

A moins d’avoir vécu dans une grotte ces dernières semaines, vous n’avez pas échappé à la déferlante médiatique autour du film de Zack Snyder, Batman vs Superman. Je vais m’efforcer de ne pas me cantonner à une simple critique du film, ce qui a déjà été fait sur ce site par mon bon Raph (que vous pouvez retrouver ici ) mais plutôt me questionner sur la démesure de la réaction.

Je vais être clair tout de suite, je trouve le film mauvais. Si les intentions de départ sont louables, le produit final est truffé d’erreurs, de mauvais choix et de situations improbables, mais j’y reviendrai…
La raison principale qui m’a poussé à écrire cet article vient du fait que j’ai pu voir, sur internet principalement, des gens se déchirer au sujet de ce film, comme rarement auparavant.
Premier indicateur à avoir mis le feu aux poudres, le célèbre site Rotten Tomatoes avait gratifié BvS à sa sortie d’un score inférieur à Daredevil (le film). Les premiers retours critiques étaient désastreux, et la presse spécialisée commençait à descendre le film en flammes. Et pourtant, BvS réalisait le 4e meilleur démarrage. C’est cet élément-là qui, d’après moi, est symptomatique de la controverse autour du film.

L’argument « ben tu vois, il est pas si nul ce film, regarde, il rapporte beaucoup d’argent. Les critiques sont justes des intellos qui se prennent la tête » (je caricature, mais vous voyez ce que je veux dire) est devenu la première ligne de défense au cœur du débat. C’est une situation, et une opposition, qui est loin d’être uniquement réservée à BvS, mais là aussi, elle a pris des proportions dantesques. Est-ce qu’un film doit être jugé uniquement à l’aune de sa recette au box-office ? Bien sûr que non, pas plus qu’il doit uniquement être jugé par les critiques spécialisés. Cependant, j’ai l’impression que certaines personnes ne se rendent pas compte d’un simple fait, les mécontents du film font aussi partie de la recette finale. Et s’il faut saluer le score de BvS après sa sortie, était-il vraiment surprenant ?
Je m’explique : le paysage cinématographique, en ce qui concerne les super-héros, est largement dominé par Marvel depuis une dizaine d’années. Avec plus ou moins de succès, ils ont réussi à mettre en place des personnages devenus iconiques, et un univers partagé sans équivalent aujourd’hui. Cependant, si vous vous replacez avant le premier film sur Iron Man, en 2008, le grand public ne connaît quasiment aucun des héros Marvel, à part les X-Men. De l’autre côté, deux figures largement connues à travers le monde sont Batman et Superman. Leur popularité n’est plus à prouver, et ces deux personnages sont fermement ancrés dans le paysage culturel ‘occidental’.
Dès lors, annoncer un film réunissant ces deux figures emblématiques ne pouvait que susciter, au moins, l’intérêt. Du grand public, comme des amateurs des comics, des critiques, des producteurs, etc.

On ne va pas se mentir, les raisons qui ont poussé Warner Bros à mettre BvS en développement ne sont pas uniquement pour faire plaisir au grand public. Ils considèrent qu’ils doivent ‘rattraper’ le MCU (Marvel Cinematic Universe, l’univers partagé de Marvel au cinéma) le plus vite possible. Personnellement, cette ‘guerre’ entre les deux maisons d’éditions (Marvel et DC pour ceux qui ne suivent pas), me paraît archaïque dans la forme actuelle. Elle est certainement légitime pour la partie comics, mais le cinéma est un média suffisamment différent et adaptable pour que les deux univers coexistent sous des formes différentes, et j’aurais été satisfait si DC/Warner avaient pris une approche de construction de leur univers étendu plus originale. Mais ce n’est pas le sujet de l’article.

marvel-vs-dc-comics

Warner Bros annonce donc BvS, et compte bien se servir de ce film comme base pour sa Justice League. Dès ce moment, on peut voir que les ambitions de BvS sont démesurées. Donner au film une ambiance inspirée du run (période pendant laquelle un auteur/artiste traite un personnage dans le monde de la BD) de Frank Miller, centrée autour de l’opposition entre ces deux monstres du Comics est déjà énorme en terme de contenu, rajouter la naissance de la Justice League, et le personnage de Wonder Woman comme autre chose qu’un faire-valoir relève de la gageure. Oh et aussi, on met Lex Luthor, Doomsday, on tease le grand méchant, le multivers…

On va prendre quelques lignes pour aborder un autre facteur qui a sa place dans la réception de BvS. Un film, par définition, raconte une histoire. Peu importe le genre ou le sujet, c’est le ‘contrat’ de base. De la même manière, chaque histoire a une inspiration, que ce soit des faits réels, un livre, une peinture, etc. On est ici dans le cas d’une adaptation, ou plutôt de la mise en relation de personnages qui sont adaptés de comics. J’ose espérer qu’en 2016 le grand public a pris conscience que les comics, au même titre que les mangas d’ailleurs, a une portée plus grande que le simple dessin coloré pour des enfants. Je ne pense pas trop me tromper en disant qu’aux Etats-Unis, ils ont une portée sociale qui est tout sauf enfantine, et les sujets qu’ils abordent, au travers de la métaphore de leurs personnages de fiction, sont bien réels. Je ne vais pas me lancer dans une explication socio-philosophique de la portée de ces personnages, d’autres bien plus qualifiés que moi l’ont fait. Je vous parle ici d’accepter que Batman et Superman, pour ne citer qu’eux, sont plus que le milliardaire détective, et le Kryptonien perdu sur Terre. A leur manière, les comics forment une mythologie moderne. De la même manière que les mythologies de l’Antiquité possédaient des versions différentes selon les conteurs, les personnages de comics sont eux aussi soumis à l’appréciation du scénariste qui entend raconter leurs aventures. Néanmoins, et pour continuer le parallèle avec la mythologie, afin de conserver une cohésion dans le récit, et assurer une continuité plus ou moins stable, ces personnages sont dotés de traits de caractères « universels » qui permettent de les identifier et les reconnaître : Ulysse est sage et rusé, Ajax et Achille sont de redoutables guerriers, etc. Il en va de même pour les personnages de comics.

Prenons le cas de Batman, et pourquoi son traitement dans le film a été la source de l’indignation de la part de nombreux fans. Je tiens à faire remarquer en premier lieu que je suis loin d’être un spécialiste de Batman, que je n’ai pas lu beaucoup de comics qui lui sont consacrés, à part The Killing Joke (qui n’a donc pas de rapport avec notre sujet), mais je me suis un peu renseigné. Batman est caractérisé par deux éléments, qui ont aidé à façonner le personnage : c’est un détective hors-pairs, et il ne tue pas ses adversaires. Le traitement de Batman dans le film est très éloigné de ces valeurs-là, et ça aurait pu ne pas être un problème. Comment, me direz-vous ? Si la démarche était assumée. Que Zack Snyder nous dise que son personnage est différent, original, et que si ça ne nous plaît pas c’est pareil. Que la démarche créative est poussée jusqu’au bout. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. Pire, on a l’impression que c’est un « oubli », et que de toute façon le spectateur ne ferait pas attention. Sauf qu’en 2016, à l’ère d’internet, le spectateur fait attention.

Présentée comme une énième opposition entre la critique spécialisée et les spectateurs, la controverse autour de Batman v Superman est comme on pouvait s’y attendre un peu plus complexe que cela. Coincé entre un cahier des charges démesuré imposé par la Warner et un public à qui on a fait miroiter un renouveau dans le film de super héros, le film déçoit des deux côtés. Il représente pour moi le mal symptomatique qui ronge les adaptations : le dosage du contenu existant que l’on veut intégrer dans le film par rapport à l’originalité. A vouloir sauter les étapes et se hisser au même niveau de continuité que Marvel, DC délivre un film bancal qui me fait m’inquiéter pour l’avenir de la licence au cinéma. Pas tant sur le plan financier, parce que la Justice League ou Batman restent bankable , mais plus d’un point de vue artistique. J’ai envie de croire que le cinéma est un genre qui peut se renouveler, et que les archétypes de construction peuvent être bousculés quand on laisse des réalisateurs et des scénaristes s’exprimer.

DC Vs Marvel

Oui, Marvel a établi l’étalon de qualité d’un film de super-héros, mais je pense que la Warner et DC ont les moyens de rentrer dans la course tout en proposant quelque chose d’intéressant. A voir avec Suicide Squad !

Moridin

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